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  • Amandine Maurice

Les jeux de bagarre

Depuis quelques mois, mon petit garçon (qui aura 4 ans en avril) aime de plus en plus jouer à la bagarre ou « faire la bataille » comme il dit. Et comme beaucoup de parents, je me suis beaucoup interrogée sur ces jeux surtout quand on adopte une éducation non-violente. On veut tellement que nos enfants soient doux, gentils et empathiques et dans ma tête c’est presque comme si ces qualificatifs s’opposaient à la violence (que je perçois comme telle) qui nait de ces moments. C’est d’autant plus difficile pour moi que j’ai reçu des coups quand j’étais enfant et que lorsque le jeu devient trop brutal pour moi, mon trauma se réactive. Je me suis alors demandé si je devais-je le laisser faire ? Si oui, comment ? Quelle pouvait être l’utilité des jeux de bagarre ? Et pourquoi mon fils semblait en raffoler ?


Mais j’éprouvais toujours ce malaise face à ce côté brutal. Était-ce « normal » ? Est-ce que c’était parce que c’était un garçon ? Je me souviens évidemment de bagarres avec mes sœurs mais pour autant quand on grandit dans un environnement violent, n’est-ce pas évident qu’on développe une certaine brutalité ? J’en ai donc parlé avec quelques consœurs et amies qui m’ont rappelé que la force et la « violence » est biologique. Après tout, certaines de nos hormones (adrénaline, cortisol, diminution de certains neurotransmetteurs) nous poussent à adopter des comportements impulsifs ou agressifs ; le stress nous pousse à adopter très souvent une réaction d’attaque. J’ai pu un peu souffler et me tranquilliser. Non, je n’élève pas un futur psychopathe ; oui, c’est « normal » (comprendre biologique) et même sain.


Je me suis donc rappelée du stress* qu’un enfant peut vivre tout au long de sa journée et quels outils on peut utiliser pour le diminuer. Les jeux de bagarre libèrent des endorphines qui apaisent et diminuent le stress. Il m’est alors apparu que ces jeux sont tout indiqués pour décharger, sainement et par le rire, ce stress tout en apprenant à mon fils à doser sa force et à faire preuve d’empathie, pour autant que ces jeux soient encadrés.


Avec mon mari, nous avions déjà décidé de le laisser faire tout en mettant des règles pour encadrer le jeu. Et qui dit jeu dit plaisir. Il nous parait évident que ce qui distingue les jeux de bataille de la vraie bagarre c’est le fait que chacun y trouve du plaisir. Et quand je vois mon fils poursuivre son père partout dans la maison en riant avec son épée et combattre la cuillère en bois que tient son père en main, force est de constater qu’ils éprouvent de la joie et c’est pour ça que N. en redemande. La 1ère règle est donc le plaisir. Nous avons choisi d’encadrer également le jeu en indiquant qu’on ne doit pas faire mal volontairement, ce qui l’oblige à doser sa force, et que lorsque quelqu’un se fait mal, le jeu s’arrête. A la personne de décider si elle souhaite reprendre ou non.


Et moi dans tout ça ? Sont ressorties de la discussion avec mes consœurs deux pistes :

-adapter les jeux de bagarre avec différents degrés de proximité : bataille de pouces, bataille d’oreiller, course-poursuite, utiliser un arc et des flèches pour se tirer dessus, faire de la lutte, etc.

-choisir ce qui est confortable pour moi tout en étant douce avec moi-même. Ce n’est parce que pour l’instant je ne supporte pas le contact brutal rapproché que cela ne va pas évoluer.


Me voilà plus apaisée quant aux jeux de bagarre.


Et vous, comment les voyez-vous ? Les encouragez-vous ? Les contrôlez-vous ? Quel est votre ressenti face à ces jeux ?


*Je développe cette notion dans les ateliers Filliozat « stop aux crises » et dans mes consultations sur les crises.



Crédit photo: Istockphoto.com

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